Les fêtes de la capitale navarraise mettent en avant un esprit de responsabilités civiques. Les résultats sont positifs
Les couloirs de la mairie de Pampelune sont déserts, les téléphones sonnent dans le vide. À dix jours de l’ouverture officielle des fêtes de San-Fermin (vendredi 6 juillet), la capitale navarraise en termine avec un assoupissement (relatif) qui dure onze mois sur douze. « Je ne peux vous passer personne, témoigne la secrétaire. En ce moment, ils sont tous en vacances ». Le calme avant la tempête.
Seul Patxi Fernandez-Elizalde fait le guet. L’adjoint à la sécurité boucle, cette semaine, sa tournée des bars et restaurants du centre-ville. Cette année encore, entre 3 et 3,5 millions de personnes défileront de la Calle Estafeta à la Plaza del Castillo, dont plus d’un million pour le seul week-end du 7-8 juillet.
« On a toujours privilégié la concertation entre les acteurs locaux de la fête. Dès la fin des Sanfermines, on se retrouve pour un bilan commun. Pendant l’année, on se revoit une ou deux fois. Faire des réunions pour faire des réunions ne sert à rien, ils savent quel est notre discours, ce qu’on veut faire de la fête et ont de suite admis la nécessité de travailler de concert ».
De la prévention.
À Pampelune pas d’arrêté préfectoral, encore moins d’horaires de fermeture anticipée des débits de boisson. L’écriteau est apposé sur la Plaza del Ayuntamiento (place de la Mairie) : « Aqui, se vive la fiesta ». En revanche, la police municipale assistée par des agents de la Guardia Civil et de la Policia Foral, la police autonome navarraise, sillonnera dès mardi prochain les gares, aéroports et campings de la région. « De la prévention, rien de plus » assure Fernandez-Elizalde. Fouilles aux corps, patrouilles dans les endroits sensibles, arrestations et même renvois directs de festayres jugés indélicats. « En matière de sécurité, la loi espagnole nous permet d’aller assez loin. On ne veut pas faire peur aux gens qui viennent à Pampelune, on veut simplement que les fêtes se passent de la meilleure des façons ».
Résultat : pas le moindre viol ou délit grave enregistré en 2006. « La meilleure année en matière de prévention » souligne-t-il avant de rajouter immédiatement : « Ça ne veut rien dire, cette année peut se révéler catastrophique. Quels seront les effets du botellon ? Comment éviter que des jeunes ne prennent la voiture au petit matin ? Et à qui incombera la responsabilité d’un gamin retrouvé ivre mort sur la voie publique ? Pas aux parents en tout cas ».
Par-delà les frontières, les problèmes restent les mêmes. Alors on cherche encore et toujours à les résoudre. Depuis 1999, et l’accession de Yolanda Barcina à la mairie, les bars, restaurants et associations de la ville ont été sensibilisés à des initiatives d’actions citoyennes. « Les Sanferminessont et resteront les Sanfermines, on ne veut pas les réglementer, on peut simplement les améliorer. »
Des amendes.
De fait, des amendes de 19 euros ont été délivrées à des gens qui urinaient dans les rues. Les bagarres, « la plupart du temps le fait de Français » dixit Fernandez-Elizalde, sont sévèrement réprimées par les tenanciers de bars. « Ces fêtes ont une histoire, les gens qui y viennent doivent la respecter ». Le ton est grave, le discours franc.
Au café Iruna, point de repère de la colonie française pendant sept jours, Miguel, un des serveurs, acquiesce aux propos de l’adjoint. « La mairie nous a toujours soutenus, en retour ils peuvent compter sur nous ». Patxi Fernandez-Elizalde : « Par rapport à Bayonne, notre chance c’est l’encierro. À partir de 4 heures du matin, on nettoie la ville. Dès 5 heures, les bars du Casco Antiguo servent des plats chauds. A 8 heures, au départ de l’encierro, la ville est prête pour une nouvelle journée de fête ». Une fête ô combien atypique. Tant dans sa réalisation que dans ses méthodes d’organisation.
Article de Nicolas Bridoux