Jean Grenet, le député-maire de Bayonne, insiste sur la responsabilité individuelle des parents qui doivent préparer leurs enfants aux joies et aux risques de la fête. Il met également en garde les animateurs de cet immense rassemblement festif qui voudraient en tirer le maximum de bénéfices financiers sans s’impliquer aux côtés de la Ville et de l’Etat
Véronique Borde. J’ai ma fille aînée qui a 15 ans et demi et qui souhaite faire les fêtes cette année avec ses amies. Je suis un peu inquiète. Qu’est ce qui est mis en place comme dispositif de protection des adolescents en matière d’alcoolisme ou d’agression ?
C’est bien d’être inquiet mais en même temps, il ne faut pas non plus dramatiser. Il y a un certain nombre de règles à respecter quand on veut faire les fêtes et que l’on est une jeune fille. Premièrement c’est de ne pas y aller seule. Deuxièmement c’est de ne pas rester seule. On part en bande, on finit en bande. A ce titre, nous avons mis en place un certain nombre de mesures. Sept ballons seront disposés dans la ville avec des numéros qui permettront aux gens de se repérer et de se retrouver.
On se rend compte qu’il y a de plus en plus de jeunes qui amènent de l’alcool où qui en consomment avant en grande quantité, le fameux botellon. En tant que maire, je n’ai pas les pouvoirs d’empêcher ça. Pour ce qui est des cafetiers, ils ne doivent pas servir d’alcool aux mineurs, ni en remettre une couche quand ils voient une personne manifestement en état d’ébriété. C’est une question de bon sens.
« Sud Ouest ». La responsabilité des parents d’adolescents est-elle engagée?
Assurément. Il n’est pas anodin de lâcher un adolescent de 15 ou 16 ans dans un rassemblement de 250 000 à 300 000 personnes. Il y a un certain nombre de règles et de recommandations que les parents doivent transmettre à leurs enfants. Actuellement, il y a un problème entre l’alcool et les jeunes, pas uniquement à Bayonne ou en France. J’ai des amis en Angleterre qui sont stupéfaits de la quantité d’alcool consommée par les jeunes ! En Espagne il y a le même problème. Les effets dévastateurs de cette consommation excessive sont souvent démultipliés par la prise de drogues.
A ce titre, je voudrais souligner qu’on n’a jamais montré les peñas et débitants de boissons du doigt. Le premier problème c’est l’hyper alcoolisation des mineurs et la période critique entre 2 heures et 6 heures du matin. Le second problème, ce sont ces gens qui viennent à Bayonne non pour faire la fête comme nous l’entendons, mais pour pour se défouler, casser, se bagarrer, tagger de tous les côtés, le «no limit» du désormais célèbre Karim.
« SO ». Est-ce que les parents sont plus permissifs qu’auparavant ?
La fête, on la faisait aussi quand j’étais adolescent. Mais la différence, c’est qu’on rentrait à l’heure où les jeunes actuels sortent.
Un phénomène m’inquiète. Chaque nuit, le poste du SAMU de Paul Bert accueille dès minuit une vingtaine de mineurs en coma éthylique. Et au petit matin, les secouristes se retrouvent avec des mineurs dont ils ne savent pas quoi faire parce que les parents ne sont pas venus les chercher. Et quand on les appelle au téléphone, ils répondent bien souvent qu’ils viendront les chercher quand ça ira mieux. .
« SO ». Que doit dire un maire, à des parents qui finalement pas ont mal lâché la bride ?
D’abord, pour un enfant de seize ans par exemple, je crois qu’il est bon de s’interroger si c’est le jour ou la nuit qu’il faut qu’il fasse la fête… S’il la fait le jour il n’y a pas de problème. Il arrive au réveil du roi Léon et reste jusqu’à 11 heures ou minuit. Les parents lui donnent rendez-vous et viennent le chercher. S’il la fait la nuit, il ne faut pas arriver à une heure du matin mais vers 9-10 heures du soir. Et les parents viennent le récupérer vers 1 h 30 ou 2 h.
Christophe Ithurritze. Ne serait-il pas temps de se pencher sur ce que la ville aurait à proposer de nouveau à cette génération ?
Les jeunes on les écoute, on les entend, on vit avec eux. Je ne pense pas qu’ils seraient d’accord qu’on leur dicte leur conduite. La fête pour eux c’est la liberté. Je dirai même que c’est une soupape dans l’année. Cette année, nous allons encore faire un effort supplémentaire de communication en distribuant des plaquettes avec des conseils de sécurité. Nous lançons également une campagne de communication peut-être un peu choquante mais qui doit toucher et rappeler qu’un viol, c’est dix ans de prison.
Christophe Ducournau. On a l’impression à Pampelune que la ville ne change pas quand on fait les fêtes, il n’y a pas de bars extérieurs…
La configuration des villes n’est pas du tout la même. Les règles de sécurité non plus. Le maire de Pampelune a des pouvoirs de police et des moyens d’intervention immédiats que je n’ai absolument pas.
Ch. I. Ne pourrait-on pas supprimer ces comptoirs?
Il y a 1,3 million de personnes en cinq jours. Les bars du Petit Bayonne sont des couloirs, si vous supprimez les comptoirs extérieurs, où vous mettez les gens ? Les professionnels sont dans leur bistrot, ils n’ont pas envie d’en partir, les gens ne veulent pas aller à Saint-Esprit, ils préfèrent le Petit Bayonne ou le Grand Bayonne. Il y a des décennies d’habitudes prises.
Marie-Josée Jeoffroy-Savalois. Est-ce que vous ne pourriez pas davantage anticiper la préparation des fêtes ?
Il y a une commission des fêtes qui fait des propositions, elle fait son travail, nous on est dans l’institutionnel. Je suis là pour donner un cadre aux fêtes et qu’elles se passent le mieux possible. La fête, les animations, c’est les associations et le comité des fêtes. Nous, on met le programme en musique en termes de sécurité et de bon fonctionnement.
Ch. I. On pourrait faire de la place au centre-ville en déplaçant la fête foraine…
La fête foraine a pris beaucoup de place, elle occupe une place stratégique. On essaie, avec difficulté, de la repousser en dehors du centre névralgique de Bayonne. Mais on se heurte à une hostilité agressive et virulente des forains qui disent que de toute façon, si on leur demande d’aller ailleurs, ils viendront là. Ils sont de plus en plus tassés et cela pose des questions de sécurité. L’an dernier, il y a eu des incidents graves par rapport à certains qui distribuaient de l’alcool qu’ils avaient eux-mêmes fabriqué.
C’est une population difficile, mais à terme je souhaite que la fête foraine se déplace et que l’on libère cet espace pour des animations, des concerts, des mutxikos. Mais si je les fais grimper là-bas à Paulmy, je supprime combien de places de stationnement…
Ch. I. Quelles mesures comptez-vous prendre concernant les sonorisations extérieures ?
Les sonos extérieures sont interdites cette année. On fait des efforts financiers parce que les musiques sont payantes. On a donné un budget à la commission des fêtes pour augmenter l’animation musicale vivante en rapport avec la musique des fêtes et non pas la techno dont on nous bassine. On a suggéré que rue par rue il y ait des thématiques musicales, et non pas la concurrence d’un bistrot à un autre. On va voir si c’est respecté, je me méfie beaucoup, avec des baffles dissimulés au premier étage derrière les balcons. On va voir.
Thomas Molia. Serait-il possible d’installer des podiums en des points stratégiques de la ville pour favoriser la musique vivante ?
Pourquoi pas, je vais poser cette question à la commission des fêtes. C’est ce que nous faisons pour la Fête de la musique.
Ch. I. Vous avez décidé d’interdire les sonos, quelles mesures prendrez-vous pour faire respecter cette décision ?
Les sanctions, ce n’est pas le maire, c’est le sous-préfet et donc une sanction administrative. Nous sommes face au problème du délai administratif, la sanction peut intervenir l’hiver ou pour les fêtes suivantes. Il n’est pas possible, administrativement, de prendre des mesures immédiates.
M.-J. J.-S. Quelle autorité peut interdire l’installation de ces sonos ?
Je suis surpris par votre naïveté en ce qui concerne les comportements des gens. Si quelqu’un installe une sono sur son balcon, nous n’avons pas les moyens de l’interdire. La liberté individuelle est protégée dans notre pays.
« SO ». Il y a des forces de police assez massive à Bayonne…
Je ne veux pas les voir. Je ne veux pas faire la fête avec des policiers en tenue. Les compagnies de CRS sont en périphérie et interviennent si besoin, mais dieu merci, je ne veux pas les voir.
En fin de nuit, vous avez des policiers en civil qui surveillent ce qui se passe. Je ne suis pas pour le tout répressif, mais que l’on puisse faire la fête en respectant des règles, tout n’est pas permis à Bayonne.
« SO ». Vous insistez sur le coût des fêtes…
Cela nous coûte 2 millions d’euros, on passe des milliers d’heure à préparer ces fêtes avec en récompense, parfois, une image négative pour la ville. Il y a de quoi se poser des questions.
« SO ». Quel est votre point de vue sur l’idée de modifier les dates des fêtes ?
La question mérite d’être posée. Si les fêtes dégénéraient malgré nos efforts, si nous étions dépassés, peut-être faudrait-il mettre les dates à une période qui n’accueillerait que les autochtones qui savent faire la fête. A ce moment-là, nous n’aurions pas besoin de dépenser 2 millions d’euros.
« SO ». Qu’est ce que vous attendez du système de vidéo-surveillance ?
Ces caméras sont disposées dans des endroits en périphérie de la ville où il s’est passé des choses pas acceptables. Le jeu consiste à ne pas dire où elles sont. Si vous passez devant en tenant une fille par le bras vous ne risquez rien. Maintenant si vous êtes en train d’agresser une fille ou si vous déclencher une bagarre, vous serez identifié. Il n’est pas question de généraliser ce dipositif de dissuasion. Les images sont transmises immédiatement à une cellule au commissariat ce qui permet d’intervenir rapidement.
Th. M. Quelque chose sera-t-il fait pour interdire la vente de bière par les baraques à frites après 3 heures du matin ?
Ce qui est vrai pour les débitants de boisson est vrai pour les baraques à frites.
Th. M. Cela n’a pas été le cas l’année dernière…
Cette année, nous allons passer dans ces baraques. Celles qui ne respecteront pas la règle ne reviendront pas.
Ch. I. Qu’en est-il du village gourmand sur le mail Chaho Pelletier ? L’expérience tentée il y a deux ans avait avorté à cause de la pluie…
Nous sommes très favorables au village gourmand. Le problème c’est que le mail Chaho Pelletier n’est pas draîné pour l’instant. Il va l’être, sans doute en 2008, et on va faire en sorte de pouvoir l’utiliser même s’il pleut. Nous pourrons proposer alors à ces gens de se regrouper. En sachant quand même qu’ils n’y sont pas très favorables.
« SO ». Un fossé énorme existe entre les quantités ingurgitées et la presque impossibilité de se soulager. Que peut-on faire ?
Déjà que les gens retrouvent un peu de civisme et respectent les équipements mis en place. Aussi, les grands bénéficiaires des fêtes sont les débitants de boisson. On ne peut pas accepter aujourd’hui qu’il n’ouvrent pas leurs toilettes.
Ch. I. Qui a le plus de responsabilité dans les débordements ?
C’est pas la peine de chercher le responsable, car tout le monde et personne est reponsable. La vérité c’est qu’une question se pose : est-ce que avec l’évolution sociologique, l’évolution des murs, de notre jeunesse en général, un rassemblement comme les fêtes de Bayonne est encore maîtrisable ou pas.
La question de fond, elle est là. Moi j’essaie de faire en sorte que ça le reste maîtrisable, même si on y met beaucoup d’argent.